Maladie en hausse depuis vingt ans, l’asthme, même traité, peut occasionner quelques surprises pendant la grossesse. Une vraie préoccupation de santé car l’asthme mal contrôlé peut générer des complications maternelles ou fœtales. Environ 27% des femmes souffrant de cette maladie chronique consulteront en urgence au cours de leur grossesse.

Quand la crise se déclenche, que faire ?

Pour le Dr Béatrice Jourdain qui a publié récemment les résultats d’une étude dans le Journal International de Médecine, « il est impératif d’intervenir rapidement au moment de la crise et de ne pas sous-traiter ». Mais le traitement doit-il tenir compte de la grossesse ? Globalement non, explique le Dr Jourdain : « Les recommandations thérapeutiques pour la gestion de l’asthme pendant cette période particulière ne diffèrent pas sensiblement de celles destinées aux patients adultes et notamment concernant l’administration précoce de corticoïdes oraux. » Bien que cela soit établi, pendant de longues années, la prise en charge avait été minorée, lors des consultations en urgence au cours de la grossesse. Principe de précaution. Une équipe de chercheurs s’est donc attelé à observer la prise en charge entre 1996 et 2001 et entre 2011-2012 à travers les données de quatre études multicentriques observationnelles pour savoir si les pratiques avaient ou non évolué.

Les modalités de l’étude

Au total, 48 services d’urgence ont pu être étudiés pour les deux périodes. Les dossiers de toutes les patientes asthmatiques de 18 à 44 ans et venant pour une crise d’asthme ont été analysées. Sur 4 895 patients venant aux urgences pour une crise d’asthme, 125 sont des femmes enceintes, dont 89 vues entre 1996 et 2001 et 36 en 2011-2012. Entre ces deux périodes, aucun changement notable concernant les données démographiques, la gravité de l’asthme chronique, le traitement de fond ou le débit de pointe expiratoire initial n’apparaît. En revanche, la prescription aux urgences d’une corticothérapie orale a augmenté de façon significative, de 51 % à 78 % entre les 2 périodes (Odds Ratio [OR] de 3,11; Intervalle de Confiance à  95 %, [IC 95 %] de 1,27 à 7,60 ; p = 0,01). Une ordonnance de sortie comprenant des corticostéroïdes systémiques est plus fréquemment remise en 2011-2012 (dans 63 % des cas) que pendant la période 1996-2001 (42 % des sorties, soit un OR de 2,49 ; IC 95 % de 0,97 à 6,37; p = 0,054).

Les auteurs ont également fait une comparaison avec les traitements des femmes asthmatiques non enceintes : jusqu’à 2001, les femmes enceintes en crise d’asthme étaient moins susceptibles de recevoir un traitement par corticoïdes par rapport aux femmes non enceintes (51 % vs 64 % ; OR de 0,52 ; IC 95%, de 0,33 à 0,81; p = 0,004). Alors qu’après 2011, il n’y a pas de différences entre femmes enceintes et femmes non enceintes concernant la corticothérapie : 78 % et 76 % ;  OR de 1,11 ; IC 95 % de 0,50 à 2,49 ; p = 0,80.

En conclusion, il y a du mieux !

Les résultats de cette revue de la prise en charge en urgence de la crise d’asthme pendant la grossesse, il ressort qu’en une quinzaine d’années, la prise en charge s’est nettement améliorée. Mais il reste à convaincre les urgentistes de l’importance d’une prise en charge optimale et non minorée car l’étude constate qu’une femme enceinte sur trois est encore renvoyée à son domicile sans corticostéroïdes systémiques. Pour prévenir les complications maternelles et fœtales que peut générer un asthme mal contrôler, il reste encore à faire pour sensibiliser les soignants.
Sources JIM/ Hasegawa K et coll : Improved Management of Acute Asthma Among Pregnant Women Presenting to the ED. CHEST 2015; 147 : 406 – 414

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