84% des médecins généralistes libéraux considéreraient le suivi des grossesses à bas risque comme relevant de leur compétence. Une manière de marcher sur les plates-bandes des sages-femmes libérales ou juste un vœu pieux ?

Parfois, entre les statistiques et la réalité, il y a un monde. Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), 84 % des médecins généralistes libéraux considéreraient le suivi de la grossesse à bas risque comme partie intégrante de leur fonction. En effet, la suite de l’étude constate que beaucoup moins de généralistes qu’annoncé par les statistiques n’effectuent ce suivi dans la réalité : « 57 % des généralistes seulement auraient reçu au moins une fois par trimestre une patiente lors d’un suivi de la grossesse ».

Toujours plus de candidats au DIU gynécologie-obstétrique

Ceci étant, toujours selon la Drees, 24% des femmes enceintes auront consulté au moins une fois le médecin généraliste. Peut-être pour la première consultation, afin d’obtenir la prescription pour le dépistage de la grossesse ? Selon les statistiques, les spécialistes de la grossesse que sont les gynécologues médicaux, les obstétriciens et les sages-femmes restent les professionnels de santé sollicités majoritairement par les futures mères. Du moins tant que leur représentation dans les déserts médicaux est suffisante. Sinon, évidemment, c’est le médecin généraliste qui « hérite » du suivi de la grossesse.

Ceci étant, l’étude souligne toutefois un intérêt plus marqué pour les suivis de grossesse des jeunes diplômés, dont un certain nombre suivent un DIU de gynécologie-obstétrique, afin justement de mieux prendre en charge leurs patientes enceintes. Pour les sages-femmes, cet intérêt des jeunes généralistes pour une formation spécifique grossesse représente-il une menace pour l’avenir ?

Vers plus de travail en réseau ou plus de concurrence ?

Il faudrait pouvoir affiner les chiffres territoire par territoire pour pouvoir le dire. Mais reste toutefois une certitude : dans un contexte économique où de plus en plus de sages-femmes en fin de formation peinent à trouver un emploi et se dirigent avec l’activité libérale, la profession peut-elle « offrir » aux généralistes un pourcentage non négligeable du suivi des grossesses à bas risques ? Surtout si l’on considère les doléances des médecins généralistes sur leurs différents réseaux sociaux qui se plaignent de journées interminables préjudiciables à leur santé et à leur vie personnelle ainsi qu’au bon suivi de leurs patients pour lesquels ils manqueraient souvent de disponibilité… A quoi bon alors charger la barque avec le suivi des femmes enceintes ?

Une fois de plus, le bon sens devrait l’emporter et favoriser la pratique en réseau : le généraliste envoyant aux sages-femmes les grossesses à bas risques et au gynécologue les grossesses présumées compliquées (encore que les sages-femmes soient compétentes pour effectuer elles-mêmes ce dépistage de la complication et pour adresser à un gynécologue la patiente qui relève d’un suivi plus médical).

Des questions en suspens

Les sages-femmes libérales exerçant dans un cabinet de groupe pluridisciplinaire expérimentent-elles plus facilement ce travail en réseau, avec orientation systématique de la femme enceinte vers leur cabinet ? Constatez-vous fréquemment l’activation de cette mise en réseau par les généralistes de votre secteur ? Que faudrait-il faire pour développer davantage cette mise en réseau ? La qualité de la prise en charge pendant la préparation à la naissance est-elle suffisante pour assurer un flux de patientes en suivi de grossesse, par le bouche à oreille ou pour la grossesse suivante ?

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